L’anglais : la langue des communications ?

L’anglais se classe au quatrième rang des langues natives les plus parlées sur la planète (après le mandarin, l’hindi et l’espagnol), mais c’est pourtant la langue la plus utilisée dans le monde. En 2008, Internet World Stats estime que plus de 430.8 millions d’internautes utilisent principalement l’anglais sur le Web. En 2010, on prévoit que plus du tiers de la population mondiale (2 billions de personnes) utilisera l’anglais comme langue seconde (comparativement à 350 millions de locuteurs natifs). La globalisation et la mondialisation de l’économie du 21e siècle, les fusions d’entreprises internationales et l’essor des technologies (particulièrement Internet), contribuent à la nécessité de maîtriser une langue commune afin de communiquer facilement entre les différentes cultures. Mais pourquoi l’anglais?

Une langue globale et multiple

Il est intéressant de constater que l’anglais est la langue maternelle parlée dans le plus de pays dans le monde. Le mandarin et l’hindi sont très populaires, mais leur présence demeure cloisonnée dans des zones géographiques précises. L’anglais est disséminé dans plus de 67 pays. Ces pays et leurs cultures utilisent activement l’anglais, et en bonifient la richesse par leurs expressions locales. À cet égard, il est intéressant de constater que l’anglais est la langue qui comporte le plus de mots distincts (approximativement 250 000). L’appropriation de l’anglais par différentes cultures et sa nature très malléable contribuent certainement à la propagation et au rayonnement de cette langue. Ce processus évolutif contribue à faire de l’anglais une langue globale comportant de multiples facettes.

À l’image du latin, dont la racine prit différents embranchements pour évoluer en langues distinctes (français, italien, espagnol, portugais, roumain), l’anglais se transforme lentement en plusieurs dialectes comme le chinglish, le spanglish, ou le singlish. Ces dialectes sont non seulement en train de devenir plus utilisé que l’anglais lui-même, mais ils sont le résultat du mélange de l’anglais et de plusieurs langues et ils sont souvent difficiles à comprendre pour un anglophone occidental (le singlish mélange l’anglais, le malais, le tamil et le chinois). Ayant déjà vécu en Thaïlande, j’ai moi-même dû apprendre le Thaiglish… Une phrase comme « I want to buy 20 rambutans » devenait par exemple : « Me buy 20 rambutaaans » . À l’écriture, c’est assez facile à comprendre, mais quand c’est un Thaïlandais qui le prononce c’est loin d’être évident et ça nécessite une certaine adaptation. Ce pouvoir de l’adaptation face aux multiples facettes de l’anglais est souvent plus important que la maîtrise de la langue elle-même. À cet égard, il n’est pas rare de constater que lors d’une réunion d’affaires se déroulant en anglais, un japonais et un allemand peuvent se comprendre parfaitement alors qu’un américain a beaucoup de difficulté à suivre la conversation.

Langue globale vs. langue maternelle

Dans un tel contexte, est-il encore nécessaire d’apprendre d’autres langues que l’anglais? Ne vaut-il pas mieux se concentrer sur la compréhension de l’environnement des cultures avec qui on fait affaire et avec qui il faudra négocier? Ou du rapport logique que nos partenaires ou nos clients entretiennent avec l’interface de la langue globale?

À court terme, je pense que cette décision revient aux stratégies et aux orientations d’une entreprise. « Of course English is the language of business. But the language of GOOD business is whatever your customer feels most comfortable speaking». En fonction des pays avec lesquels on entretient des relations, il faudra trouver des employés et des conseillers qui maîtrisent les langues ou les dialectes de ces pays. Une multinationale qui possède des ramifications en Chine devra nécessairement compter sur l’expertise de hauts dirigeants qui parlent le mandarin, même si l’échange d’information lors des réunions a souvent lieu en anglais.

À moyen terme, la langue anglaise telle qu’on la connaît aujourd’hui se simplifiera beaucoup. Par exemple, les sons trop difficiles à prononcer par les locuteurs d’Orient disparaîtront. Le résultat de cette simplification sera le Panglish : une interface langagière globale et logique qui pourra rassembler un ensemble impressionnant de sous-dialectes de la même famille. Une entreprise devra non seulement maîtriser cette langue globale, mais aussi les nuances et les variantes régionales des dialectes pratiqués par ses partenaires économiques. De plus, il faudra surveiller l’essor des langues espagnole et arabe dont l’évolution pourrait ressembler à celle de l’anglais (surtout à cause des nombreux pays qui les utilisent en tant que langue maternelle). Des changements économiques mondiaux pourraient influencer la propagation de ces langues et la nécessité de les apprendre.

À moyen et à long terme, je pense que les développements technologiques, l’intelligence artificielle et la recherche dans le domaine de la traduction informatisée des langues mèneront certainement vers l’émergence d’outils qui automatiseront de façon fiable la traduction simultanée d’une langue vers une autre. Dans un tel contexte, je ne suis même pas certain qu’il sera nécessaire d’apprendre une deuxième langue (globale ou non), car l’apprentissage d’une langue autre que sa langue maternelle deviendra un luxe plutôt qu’une nécessité (un peu comme, de nos jours, on apprend le latin).

L’efficience d’une langue globale

Bien qu’il soit indéniable que l’apprentissage d’une langue seconde élargit nos horizons et nos perspectives sur le monde, il demeure qu’il est très couteux d’apprendre une langue en terme de temps. Puisqu’il a été prouvé que la malléabilité du cerveau prépubert favorise l’apprentissage d’une langue seconde, les sociétés qui n’utilisent pas l’anglais (ou toute autre langue globale, économiquement dominante) comme langue maternelle devraient mettre en place des programmes permettant aux jeunes enfants de diversifier leur culture langagière dès le plus jeune âge. L’apprentissage d’une langue globale comme l’anglais ne remet pas en cause la richesse culturelle et l’utilisation d’une langue maternelle dans la vie de tous les jours. C’est seulement un moyen logique d’augmenter l’efficience d’une société, de ses organisations et de son économie. J’irais même jusqu’à dire qu’il serait préférable pour une organisation de fonctionner avec les standards fonctionnels d’une langue globale plutôt qu’avec la spécificité d’une langue maternelle (dans le cas des systèmes informatiques, etc.). Souvent, par exemple, quand je collabore par courriel avec des programmeurs sur des projets Web, je m’exprime en anglais, même avec des francophones. C’est plus rapide, plus direct et plus efficace. D’autre part, je trouve que les sommes dépensées chaque année par le Canada afin de traduire les publications gouvernementales sont tout simplement ridicules.

À mon sens, que ce soit dans le cas de l’anglais, de l’espagnol ou de l’arabe, c’est la logique d’une langue et la facilité de l’utiliser pour faire des affaires, qui la rend attrayante pour une entreprise. Dans un contexte où les employés maîtrisent déjà une langue globale, je pense que les organisations devraient privilégier la formation de ses employés en logique. De plus, il vaut mieux étudier les comportements culturels des partenaires économiques, et prendre le soin d’observer comment ils utilisent la langue globale, que de promouvoir l’apprentissage de leur langue maternelle. Je pense qu’il est moins coûteux pour une organisation de payer plus cher pour engager un employé bilingue (qui parle la langue dont on a besoin), que d’investir dans la formation d’un employé qui ne l’est pas. Mais bon : j’ai l’avantage d’être trilingue.

Ultimement, c’est la logique, l’observation, et la connaissance approfondie d’une culture qui nous permettent de communiquer et de négocier avec l’autre. Le pouvoir de l’influence est conditionné par des variables telles que la nécessité, le désir, la concurrence ou le temps. C’est la qualité de l’information, la crédibilité de l’argumentation, la capacité de cerner rapidement les besoins et les dispositions de l’autre qui permettent à un négociateur de conclure des ententes avec un partenaire, et non pas les subtilités langagières des règles de grammaire. L’Académie française a tué le français à cause de son entêtement illogique à vouloir en préserver la subtilité des règles. Il ne faudrait pas commettre la même erreur dans nos organisations.

Le détail du portrait de Marilyn Monroe crée par Andy Warhol a été pris sur le blogue de seehere.blogspot.com.

  • http://jean-vaillancourt.com jean

    Je pense qu’il est très important de connaître la culture des pays avec qui l’on fait affaire. C’est une marque de respect que d’apprendre les rudiments des expressions locales de nos partenaires économiques. Mais je continue de croire qu’il n’est pas nécessaire d’apprendre la langue de ceux-ci pour pouvoir négocier. Qui n’a jamais négocié l’achat d’un souvenir dans un pays étranger sans connaître la langue du vendeur avec qui la transaction avait lieu? Qu’est-ce qui comptait le plus lors de cette transaction? La maîtrise de la langue ou bien l’attitude et la connaissance des référents culturels du vendeur? Ou le fait que le vendeur devait absolument vendre son produit, car il n’avait pas beaucoup fait d’argent pendant la semaine? Ou le fait que le vendeur faisait la concurrence à 40 autres vendeurs qui essayaient de faire un peu d’argent avec le même produit? Ou bien, ou bien… Même si une négociation requiert un minimum de compréhension, il ne faut pas sous-estimer la puissance du non verbal et de l’intelligence émotionnelle dans cet exercice, sans oublier l’importance des variables situationnelles.

    Mon exemple est très primaire et je suis conscient que c’est un peu plus complexe lorsque, par exemple, une organisation négocie un contrat avec un gouvernement étranger. Mais je continue de penser que dans un tel cas l’exercice de négociations peut avoir lieu dans le terrain neutre qu’est l’anglais – ce qui n’enlève rien à la nécessité d’engager des traducteurs ou des avocats bilingues, et de former des employés afin qu’ils maîtrisent les rudiments de la langue du ou des partenaires économiques.

    Finalement, je pense comme vous qu’il est plus rentable pour une organisation d’engager une personne déjà bilingue plutôt que de former un employé qui ne l’est pas.

  • Jeremie

    La langue de communication mondiale n’est pas une affaire de logique ou d’efficacité, mais une affaire de rapport de force et de domination. Au temps où le français dominait l’Europe — en tout cas la communication entre élites puisque les peuples voyageaient peu et communiquaient peu — de nombreux textes fleurissaient pour vanter la soi-disant supériorité de cette langue, et aujourd’hui on voit la même chose pour l’anglais. Je pense que ce n’est pas plus sérieux dans un cas que dans l’autre.

    L’utilisation généalisée de l’anglais ou d’une autre langue nationale pour la communication internationale n’est pas du tout anodine? Cela porte à conséquence et entretient la centralité culturelle, scientifique, universitaire des pays où cette langue est la langue maternelle. Les pays anglophones n’ont aucune dépense d’enseignement des langues à faire, ou beaucoup moins, et cet avantage compétitif est sans doute déterminant quand on évalue les montants en jeu (plusieurs dizaines de milliards d’euros par an pour un pays comme la France). La mondialisation en anglais, c’est une compétition entre pays qui ont tous un boulet au pied sauf les pays anglo-saxon. Qui sera toujours le premier d’après vous dans ces conditions ?
    La solution serait de retrouver, comme en Europe avec le latin pendant plus de mille ans, une langue commune non-nationale. Cela pourrait être un latin simplifié, l’espéranto, ou tout autre langue rapide à apprendre et qui fonctionne. Il faut que les Etats se coordonnent pour défendre leur intérêt en rendant obligatoire l’apprentissage de cette langue commune (comme l’anglais est aujourd’hui « de facto » obligatoire), au lieu de se résigner par facilité à tout-anglais.