L’avantage des logiciels libres

Voici une courte explication qui résume bien ce que sont les logiciels libres et que Nassiba Tlili a laissée sur un forum de discussion de l’Université Laval dans le câdre d’un cours sur les systèmes d’information. Nassiba a bien voulu me laisser publier son intervention sur kinaze.org pour le bénéfice des lecteurs qui seront intéressés par le sujet. J’y ajouterai ensuite mon grain de sel pour parler de l’utilisation des logiciels libres pour la création de sites Web.

Libre et non libre

Un logiciel libre est un logiciel dont la licence dite libre donne à chacun (et sans contrepartie) le droit d’utiliser, d’étudier, de modifier, de dupliquer, et de diffuser (donner et vendre) le dit logiciel.

Pour illustrer le principe du logiciel libre face aux autres logiciels, Stallmann utilise souvent la comparaison d’une recette de gâteau :

  • selon le principe du logiciel libre : vous avez obtenu légalement cette recette par différentes sources (des revues, le bouche à oreille…). Vous avez le droit de redistribuer cette recette à qui vous voulez et vous pouvez la modifier puis la redistribuer comme il vous plaît.
  • selon le principe du logiciel non libre : vous n’avez pas accès à la recette, mais uniquement au gâteau déjà fait. Vous ne pouvez manger le gâteau que dans une seule cuisine, et personne d’autre que vous ne peut en manger. Quand bien même la recette serait fournie avec le gâteau, toute copie ou modification serait interdite.


Source : Youtube

Pour être qualifié de logiciel libre, un logiciel doit être disponible sous des conditions répondant à des critères stricts. La Free Software Foundation et le projet Debian étudient avec soin chaque licence de logiciel pour déterminer si le logiciel est libre (selon leurs critères respectifs). Obtenez plus d’informations sur les catégories de logiciels libres et non libres en visitant le site The GNU operating system.

L’importance de la liberté

La Free Software Foundation maintient une définition du logiciel libre basée sur quatre libertés :

  • Liberté 0 : La liberté d’exécuter le programme — pour tous les usages ;
  • Liberté 1 : La liberté d’étudier le fonctionnement du programme — ce qui suppose l’accès au code source ;
  • Liberté 2 : La liberté de redistribuer des copies — ce qui comprend la liberté de vendre des copies ;
  • Liberté 3 : La liberté d’améliorer le programme et de publier ses améliorations — ce qui suppose, là encore, l’accès au code source.

Quelques caractéristiques du libre

Les libertés d’étudier et améliorer un logiciel supposent un accès au code source du logiciel. L’accès au code source est important, car les logiciels sont généralement distribués sous une forme compilée en langage machine, prêts à être exécutés par un ordinateur. Mais le langage machine est très peu lisible et rend l’étude du logiciel excessivement pénible. L’accès au code source a donné lieu à la notion d’Open Source (code source ouvert).

Le logiciel libre permet également de garantir une activité innovante. Parce qu’un logiciel libre dévoile et permet la modification et la copie selon les termes de sa licence qui lui est jointe, un cercle vertueux est possible. Des contributeurs, individus libres de tout engagement ou sociétés commerciales, s’impliquent sur ce logiciel pour l’améliorer. Ils y apportent de nouvelles fonctionnalités sachant qu’une large audience est en droit et en mesure de valider ou non celles-ci. Cette audience, la communauté de ce logiciel, peut ainsi mesurer effectivement la qualité du code du logiciel. Elle peut donc s’impliquer au processus de développement, chacun selon son implication, sa compétence. Ce dynamisme accélère les échanges et favorise l’innovation. En revanche, le principe de « verrouillage » du code source du logiciel, physique, technique ou juridique nuit à ce dynamisme. Enfin, l’accès à l’intégralité du code source ne permet pas de garder longtemps un avantage concurrentiel qui serait basé principalement sur ce type de principe.

Le logiciel libre s’impose de plus en plus comme une solution de remplacement moins coûteuse de logiciels propriétaires. Il devient également un produit de plus en plus mis en avant par des revendeurs, soit pour sa fiabilité (cas de fournisseurs de serveurs), soit pour son coût de licence nul, permettant au client d’investir la différence dans des services associés.

Des exemples pratiques

Parmi les logiciels libres les plus connus du grand public figurent :

  • Linux, le noyau du système d’exploitation GNU/Linux ;
  • le navigateur web Mozilla Firefox ;
  • les navigateurs web Safari et Google Chrome sont basés sur des logiciels libres bien que leurs versions binaires (celles proposées au téléchargement) ne le soient pas et intègrent des composants non-libres ;
  • la suite bureautique OpenOffice.org ;
  • le lecteur multimédia VLC ;
  • les logiciels de retouche d’image, GIMP et Paint.NET ;
  • le serveur HTTP Apache ;
  • les gestionnaires de base de données MySQL et PostgreSQL ;
  • la messagerie électronique Mozilla Thunderbird.

La photo de Bill Gates en train de se faire entarter provient du site de Calgary cowbel.

  • http://www.kinaze.org ali kinaze

    @Nassiba je trouve que tu proposes une excellente définition. J’aime beaucoup la notion du
    cercle vertueux que tu proposes.

    Je travaille à mon compte en tant que producteur Web depuis 10 ans. J’ai beaucoup utilisé les logiciels libres pour mettre en place rapidement des sites Web pour différents clients. L’utilisation du libre m’a permis de réduire mon temps de développement et d’offrir des solutions moins chères à mes clients tout en leur offrant plus de fonctionnalités. Tout dépendant des objectifs des projets, je choisis un système qui répond aux besoins de mes clients et je me concentre sur l’habillage des systèmes (l’image de marque) et la consultation pour mettre en place de bons objectifs et les stratégies pour les atteindre. En d’autres mots, je me concentre sur les stratégies d’affaires au lieu de me concentrer sur la technologie. Bien sûr, s’il le faut, et si je n’arrive pas à trouver un module gratuit qui fait ce que mes clients ont besoins de faire, je peux aussi engager des programmeurs pour qu’ils conçoivent des modules sur mesure que je peux intégrer facilement dans les systèmes qui sont mis en place et que je peux réutiliser comme bon me semble, quand j’en ai besoin.

    Un logiciel libre de gestion de contenu (CMS) que j’ai souvent utilisé pour mes projets est CMS Made Simple (http://www.cmsmadesimple.org). Le même CMS a été utilisé pour mettre en place des sites comme http://www.juna.ca/ , http://www.3delight.com/ et http://www.royallepageestduquebec.com/ qui possèdent donc le même système, plus ou moins les mêmes modules, et des habillages différents. Tout dépendant des besoins des clients, il se peut qu’un CMS soit plus approprié qu’un autre. C’est ainsi que dans certains cas, je peux aussi utiliser Joomla (http://www.metronomie.com), Drupal (http://www.rfdi.org) ou bien WordPress (http://www.kinaze.org) car ils sont mieux adaptés à mon style, aux stratégies d’affaires de mes clients ou au contexte du projet qui doit être réalisé.

    Pour consulter une liste exhaustive de logiciel libre de gestion de contenu, je vous invite à visiter http://php.opensourcecms.com/. Les systèmes de gestion de contenu y sont présentés par secteurs, soit: les portails, les forums de discussion, les blogues, les systèmes de gestion de l’apprentissage, les galeries d’images, les systèmes de commerce électronique, et les wikis. Chaque secteur possède sa propre façon de
    classer l’information — son propre système d’information – ce qui influence les modes d’interactions avec les utilisateurs. Par exemple, un portail classe l’information du système à l’aide d’une architecture d’arborescence de menu et de sous-menus, alors qu’un blogue utilise plutôt des catégories pour regrouper des articles selon une logique temporelle et qu’un système de commerce électronique utilise des catégories pour regrouper des produits selon un prix, une marque, un ordre alphabétique, etc.

    Pour chaque secteur, il existe plusieurs logiciels qui font la même chose différemment (on croirait entendre parler Héraclite), selon la philosophie de développement des programmeurs. Certains systèmes de gestion de contenu seront plus souples et plus facilement adaptables, mais nécessiteront des connaissances plus poussées en programmation alors que d’autres solutions mettront davantage l’emphase sur la facilité d’utiliser le système, de mettre en page son contenant, ou préconiseront des avantages compétitifs comme l’optimisation des pages pour les moteurs de recherche, la sécurité, la documentation et la disponibilité de nombreux modules. En gros, selon que l’utilisateur du CMS est davantage un programmeur, un designer, un rédacteur, un spécialiste du marketing ou un néophyte pur et dur, il sera plus à l’aise d’utiliser un logiciel plutôt qu’un autre, à l’intérieur d’un même secteur.

    Encore une fois, la beauté de tous ces beaux systèmes est qu’une communauté d’utilisateurs les développe et les met gratuitement à la disposition de tous pour qu’ils en utilisent l’infrastructure dans leurs projets. Puisque les logiciels libres sont gratuits, tout le monde peut les utiliser. Mais même si tout le monde peut les utiliser ce n’est pas
    tout le monde qui sait comment les utiliser. Par analogie, le fait que je sois capable d’utiliser un stéthoscope ne fait pas de moi un docteur. Pourtant, plusieurs personnes s’improvisent professionnels du Web, car ils sont capables de mettre en place rapidement un système de gestion de contenu… En fait, à cause des logiciels libres, il devient de moins en moins évident pour les clients de savoir si leurs fournisseurs sont compétents ou non, car si les solutions qu’ils proposent sont professionnelles, elles ne sont pas nécessairement adaptées à leurs besoins. Et puisque les clients du Web ne sont souvent pas en mesure d’évaluer leurs besoins, ils deviennent les malades imaginaires de Molière et se font aveuglés par une mascarade de solutions qui sont proposées parce que les consultants savent les utiliser et non pas parce que les clients en ont besoin.

    La notion de gratuité qui est intrinsèque au logiciel libre nous amène aussi à réfléchir sur un enjeu fondamental : comment rentabiliser un logiciel libre? Au niveau du client, la réponse est assez facile : il peut profiter à moindres coûts d’une solution qu’ils n’auraient pas pu s’offrir autrement. Comme je l’ai fait remarquer, ce n’est pas parce
    qu’un logiciel libre est gratuit qu’on ne peut pas l’utiliser commercialement pour faire de l’argent. Firefox est un bon exemple de logiciel libre gratuit qui fait pourtant des dizaines de millions de dollars par année à cause d’une entente pour intégrer le moteur de
    recherche de Google dans son système (http://bit.ly/5wRnuY). En fait, la plupart des solutions open source ont des copyrights, mais sont offertes sous forme de licences qui en permettent la redistribution. Ce principe de redistribution est en fait la caractéristique distinctive de l’économie du logiciel libre, dont le modèle d’affaires est basé sur une
    source de revenus à partir d’un service et non pas une source de revenus à partir d’une licence.

    En favorisant la collaboration pour mettre en place des infrastructures technologiques qui leur permettent de diminuer leur temps de développement, les développeurs peuvent servir plus rapidement leurs clients. Mais puisque tous les développeurs peuvent potentiellement profiter de ce même avantage, je pense que c’est dans la plus-value du
    service qu’ils offrent, en supplément de leurs logiciels libres, qu’ils peuvent réellement de doter d’un avantage compétitif.

  • Pingback: Web ou applications? Pourquoi investir dans un site Web ou dans des applications?()