Les outils de l’enseignement en ligne

J’ai assisté par bribes (je suis en train de migrer le site Web de l’UQAR sur un nouveau système de gestion de contenu) à un colloque sur l’enseignement à distance via la plateforme Claroline aujourd’hui. Étant moi-même un adepte du e-learning en processus d’obtention d’un MBA en affaires électronique que je fais sur le Web dans son intégralité, j’ai trouvé très intéressant de mieux comprendre le point de vue des professeurs ou des divers intervenants en technopédagogie. Voici en retour quelques commentaires par rapport à l’enseignement à distance du point de vue d’un apprenant.

Les joies de l’enseignement en ligne

D’entrée de jeu, je dois vous dire que j’aime vraiment suivre des cours sur Internet. Ça convient parfaitement à mon mode de vie. En fait, je trouve dommage que le e-learning ne fût pas une option lorsque j’étais moi-même au BAC, car j’aurais probablement continué d’étudier à l’université pendant très longtemps.  Voici un exemple qui résume bien pourquoi j’aime l’enseignement à distance sur le Web.

Dans un cours classique, l’enseignant demande aux étudiants de faire un travail. Chaque étudiant fait le travail et le remet au professeur. Le professeur corrige et remet ensuite le travail à l’étudiant. Ce mode d’apprentissage est ce que j’appelle le mode 1.0 et où le mode de communication entre l’apprenant et le professeur est unidirectionnel (parfois bidirectionnel).

Dans un cours virtuel, l’enseignant demande encore aux étudiants de faire un travail. Seulement, voici que le travail n’est pas seulement remis au professeur, mais qu’il est déposé sur un serveur en ligne et que tout le monde peut accéder à ce travail, faire des commentaires, discuter, débattre des idées et comprendre le travail selon la perspective du groupe et de son intelligence collective. C’est ce que j’appelle le mode d’apprentissage 2.0 qui fait d’ailleurs écho au Web participatif 2.0 qui favorise la communication multidirectionnelle.

Malheureusement, c’est vrai qu’il y a des étudiants qui trichent dans les cours en ligne. C’est vrai aussi que certains étudiants se contentent du minimum pour obtenir leur diplôme et qu’ils n’ont que faire de la participation du e-learning. Mais je trouve quand même que la richesse de la multiplicité des expériences qui se questionnent sur les mêmes concepts est plus forte que tous les côtés négatifs de l’enseignement en ligne. Non seulement je peux comprendre les aspects positifs et négatifs de mes travaux en fonction de la rétroaction du professeur, mais je peux aussi apprendre à partir de la perspective des autres étudiants. Je n’ai plus seulement accès à ma réponse, mais aussi à celle des autres étudiants. Ce savoir est vraiment enrichissant tant du point de vue de l’utilisateur que de celui de l’entreprise qui le propage.

Relativiser l’importance des outils

Selon moi, le plus important pour qu’un cours en ligne soit réussi n’est pas les outils utilisés pour donner un cours. Les outils sont importants, mais ce ne sont que des outils. Du point de vue de l’utilisateur, je peux bien dire que je préfère les forums de Claroline à ceux de WebCT ou bien les notes de Facebook à la communication en temps réel de Twitter, mais en fin de compte, je suis capable d’utiliser toutes les plateformes qui se présentent à moi. C’est que je suis un faux X  qui assume entièrement son appartenance à la génération C. Il ne faut pas non plus oublier la sagesse de notre vieil ami Paretto qui stipule que 80 % des effets proviennent de 20 % des causes. En d’autres mots, sur 100 % des fonctionnalités d’un système d’enseignement en ligne, seuls 20 % sont véritablement utilisées.

À mon sens, les outils qui font partie des fonctionnalités vraiment importantes du e-learning sont le dépôt de documents (pour les enseignants ET pour les étudiants), le forum de discussion, le courriel, et les quizz. That’s it. Même si les autres outils pourraient être agréables, ils sont loin d’être nécessaires et je peux m’en passer aisément. En fait, comme l’a judicieusement fait remarquer Michel Gendron à plusieurs reprises, j’aurais plutôt tendance à favoriser la personnalisation du système d’enseignement en ligne afin d’en rendre les interactions plus humaines (par le simple ajout de photos pour les profils, par exemple).

De plus, ce sont les façons d’organiser le savoir qui devraient être bonifiées. À un système de classement statique, immuable, je favoriserais un système de classement organique qui peut se transformer selon les préférences des utilisateurs et sur lequel on peut même se connecter de l’extérieur et ajouter une multitude de services Web, si désiré. Mais bon, je transgresse déjà la loi de Paretto et j’en demande beaucoup plus que j’en aie besoin. Si au moins j’étais capable d’organiser les discussions des forums, j’en serais très reconnaissant et je suis certain que les professeurs le seraient aussi…

Ceci étant dit, je ne pense pas que la clé du succès d’un cours à distance repose nécessairement sur la plateforme d’enseignement à distance. Bien sûr si ma plateforme est aussi croche que la tour de Pise, il se peut que mon cours à distance soit une expérience très pénible. Mais à mon sens, le plus important est que le cours soit bien structuré et que l’enseignant comprenne bien la spécificité de l’enseignement en ligne.

Structure et spécificité de l’enseignement en ligne

En ce qui à trait à la structure, le cours à distance n’a rien de bien différent qu’un cours donné en classe : un bon plan de cours, des objectifs généraux, des objectifs spécifiques pour chaque séance, des lectures pour chaque séance, un plan des travaux à remettre pendant la session, des politiques de remises de travaux, de retards, de fautes d’orthographe, de plagiat, et voilà le tour est joué. Reste à suivre le plan de match.

En ce qui à trait à la spécificité de l’enseignement en ligne, c’est un peu plus compliqué. Le processus d’enseignement à distance n’est pas du tout le même processus que celui de l’enseignement en classe. C’est tellement évident que tout le monde l’oublie. Premièrement, ce ne sont pas tous les professeurs qui sont à l’aise avec les fameux outils de l’enseignement à distance ou ceux du Web en général : même si l’importance des outils doit être relativisée, il faut quand même les maîtriser. Je peux bien tondre la pelouse avec une paire de ciseaux si je le veux, mais j’aurais avantage à utiliser une tondeuse à gazon pour le faire. Deuxièmement, apprendre à enseigner à distance est beaucoup plus complexe qu’apprendre à utiliser des outils pour enseigner en ligne…

La didactique de l’enseignement en ligne

En fait, je trouve qu’il est très dangereux de trop centrer la techopédagogie sur… la technologie. C’est une tautologie, mais un outil n’est qu’un outil. C’est la personne qui l’utilise et les stratégies d’apprentissage qu’elle utilise qui font la différence. Il me semble qu’on ne parle pas assez de la didactique de l’enseignement à distance lorsqu’on parle d’enseignement à distance. On parle des technologies, de celles qu’on a, de celles qu’on n’a pas et on passe complètement à côté du processus d’échange de savoir dans une classe virtuelle. Et ce processus est vraiment complexe. Tant du coté celui qui donne le savoir que de celui qui le reçoit.

Chaque cours que j’ai suivi en ligne jusqu’à maintenant a été une expérience différente en fonction de la méthode utilisée par les professeurs. La seule constante a été la suivante : les cours les plus intéressants étaient ceux où les professeurs étaient capables d’instaurer un climat d’échange et de participation et les cours les plus pénibles étaient ceux où les enseignants n’utilisaient la plateforme technologique que pour déposer des documents… Non pas que ces professeurs avaient de mauvaises intentions, seulement je pense qu’ils ne savaient tout simplement pas comment enseigner en ligne et qu’ils se sont fait donner un contrat (ou en ont accepter un de plus) pour le faire.

En fait, je me demande si les futurs éducateurs, que ce soit au primaire, au secondaire ou bien à l’université, se font enseigner la didactique de l’enseignement en ligne. Ça existe des cours de didactique d’enseignement en ligne à l’université? J’ai bien aimé la suggestion de Lucie Audet sur le fait qu’il serait intéressant que les enseignants qui donnent des cours à distance suivent eux-mêmes un cours à distance pour être confrontés avec les joies et les frustrations de ce mode d’apprentissage.

Les dangers des comparaisons

Un dernier mot pour dire à quel point ça me chicote quand j’entends parler des comparaisons de l’enseignement hors ligne et de l’enseignement en ligne. Il faut faire très attention de ne pas comparer des kiwis et des hommes quand on essaie de comparer ces deux types d’enseignement.

J’entrevois 2 raisons pour lesquelles c’est dangereux de le faire :

  1. Un bon enseignant hors ligne n’est pas nécessairement un bon enseignant en ligne et vice-versa.
  2. Il est vrai qu’il est possible qu’un étudiant ne voit pas davantage à se faire enseigner un cours en ligne plutôt que de se le faire enseigner hors ligne. C’est normal.  Quelqu’un peut préférer un style plutôt que l’autre.

La question n’est pas de savoir si donner un cours en ligne est mieux que donner un cours hors ligne, mais bien de se demander s’il vaut la peine d’exploiter le segment de marché des cours en ligne et si c’est la cas, comment améliorer la pratique de l’enseignement en ligne dans le but de satisfaire les besoins des clients.

Vous avez déjà suivi un cours en ligne? N’hésitez pas à partager votre expérience.

L’image provient de l’article Apprendre les effets spéciaux en ligne… sur admirabledesign.com.

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  • Sami Naamane

    Bonjour, je suis en partie d’accord avec votre discours.
    Pourquoi seulement en partie? Et laquelle?

    En partie car le support est vital, vous le dites vous même : vous avez préféré les cours où le professeur ne s’est pas contenté de mettre des supports sur un serveur.

    Comment créer l’intéraction entre élèves?

    En leur donnant envie d’apprendre en ligne, en leur faisant mettre les mains dans le cambouis sans qu’ils s’en rendent compte, avec des exercices à tester en ligne, des vidéos … comme avec des enfants qui apprennent en jouant.

    Ensuite, une fois que les gens ont bien participé, ils se sentent enfin l’envie de faire les exercices.
    Et une fois qu’ils ont fait les exercices, l’envie d’aider son prochain, le besoin de se faire aider et l’ego qui réclame de la reconnaissance feront le reste pour la participation sur les forums.

    Notre système éducatif est trop austère, c’est pour ça que je préfère l’enseignement en ligne mais j’ai su m’en accomoder. Bien d’autres l’ont fait avant moi et s’en sont sûrement même mieux tiré que moi.

    A la rigueur, si le support importait si peu, il y a d’excellents livres, bien structurés, qui offrent même des corrigés, donc pourquoi ne pas s’en contenter?

    Moi j’ai toujours fait les exercices demandés. Mais moi, je ne suis pas une communauté et encore moins un bon représentant de la communauté.
    La proportion de gens qui ont un niveau scolaire supérieur à Bac+5 n’est pas la grande majorité de la population, et je trouverai très triste que les sites d’apprentissage ne soient qu’un club pour pédants au curriculum déjà bien chargé.
    J’ai l’intime conviction que Mme Michu mère au foyer ou Jean Claude le boucher, s’ils étaient mis dans des conditions d’apprentissage favorables, pourraient faire bouger le monde eux aussi.

    Pour conclure, je vais citer le projet de Google, qui propose Udacity, qui est une révolution dans l’enseignement en ligne, et ce grace à des professeurs à la pointe dans leur domaine mais surtout grâce à des outils agréablesà utiliser.